Un poilu dans la Grande Guerre

15 novembre 2014

PRESENTATION DU LIVRE

couverture_copie_modifi_e_JPEG__10x15

 

 

 

     Georges TARDY, mon père, est né en mars 1894 à Valence. Son père Alfred avait une petite entreprise d'électricité qu'il avait créée. Il avait deux frères et une soeur plus agés, ses frères étaient mariés et avaient chacun deux enfants.

Mobilisé le 5 septembre 1914, Georges TARDY est rentré dans ses foyers le 8 septembre 1919. Il a eu un parcours très varié, passant du 159e Régiment  d’Infanterie au 4e Génie, puis revenant dans l’Infanterie au 226e, il a été fantassin,  pionnier, brancardier, sapeur, grenadier, fusilier-mitrailleur, mitrailleur, faisant parfois fonction d’électricien, agent de liaison, mécanicien, instructeur, cycliste ou vaguemestre. Il est allé de l’Artois à Verdun, puis en Lorraine, dans la Somme, l’Oise, les Vosges, l’Alsace, de nouveau dans l’Oise, et enfin en Belgique pour finir dans les troupes d’occupation en Allemagne. Cet ouvrage est le recueil de la totalité de ses lettres (environ 700) et se veut autant un instrument de recherche pour les historiens qu’un témoignage pour les générations suivantes.

Ce sont les lettres d’un simple soldat ayant une bonne instruction, mais qui ne peut pas tout dire à cause de la censure et veut rassurer ses parents. Les batailles ne sont décrites que par la suite, en les minimisant. Cette guerre ayant comporté pour les soldats de longues périodes de calme, d’ailleurs très relatif, les lettres même anodines ont été conservées pour connaitre ses préoccupations journalières pendant ces périodes passées « dans un trou, à regarder des fils de fer barbelés et à attendre les boches qui ne sont pas venus ». Nous pouvons ainsi retrouver le poids de l’attente, les périodes de cafard, les moments difficiles les pieds dans l’eau sous les bombardements, et les petits plaisirs qui permettent de les supporter.

Passionné de photographie, il possédait un appareil et en a ramené environ 400 inédites, dont certaines rarissimes, qui illustrent les lettres, complétées par les cartes postales qu’il a envoyées et différents documents. Une de ses photos a même été utilisée dans un documentaire sur les fraternisations pour la télévision. Au total plus de 500 illustrations dont plus de 50 en couleur.

Des commentaires ont été rajoutés pour situer l’action dans un contexte plus général et apporter des précisions sur les différents déplacements et les actions, avec l’aide des archives de la Défense.

 

La couverture que vous voyez ci-dessus est l'oeuvre de Valérie Lecroq.

Merci pour cette superbe réalisation.

Les petits tirages n'intéressant pas les éditeurs, j'ai décidé de faire une auto-édition en ouvrant une souscription, pour en faire profiter les personnes extérieures à la famille.

472 pages au format A4, 500 illustrations dont plus de 50 en couleur au prix de 23 euros.

Emballage unitaire.

Après 4 tirages soit 490 exemplaires, cet ouvrage est maintenant épuisé.

Merci à tous les souscripteurs, c'est un bel hommage à mon père et, à travers lui, à tous les poilus.

Vous pouvez me contacter à l'adresse ci-dessous (cliquez dessus) :

                   poilu14@free.fr

 

EXTRAITS  DE  LETTRES

 

6/9/14  L’instruction

 

Après un voyage de 16 heures dans des wagons à bestiaux nous sommes arrivés hier à Briançon à minuit. Là on nous attendait et on nous a menés dans une chambre où nous nous sommes couchés sur un peu de paille. Après avoir dormi tant bien que mal pendant 3h1/2 nous nous sommes levés vers 4h1/2, à 5 heures nous avons donné nos feuilles et nous nous sommes promenés jusqu'à 10 h dans la cour de la caserne.

Le soir et ce matin nous avons fait un peu d'exercice. On nous apprend à saluer, à faire demi-tour, etc. Pour la nourriture jusqu'à maintenant nous avons été peu favorisés, nous  n'avons ni gamelle, ni quart, ni assiette, aussi  mange-t-on où l'on peut de la viande plus ou moins délavée sur du pain, mais à la guerre comme à la guerre et avec la cantine (où il n'y a presque rien) on arrive à se tirer d'affaire. Nous ne sommes pas encore habillés car on manque d'effets. Dans la caserne Berwick où nous sommes, il ne reste plus que des réservistes qui sont très gentils et nous aident pour peu qu'on paie le litre.

 

20/12/14  Au 159e RI

 

Tous les jours nous devions attaquer les tranchées allemandes à la baïonnette et chaque fois nous sommes revenus le soir au cantonnement. Nous restons la journée entière debout dans des boyaux où l'on ne peut pas se croiser sac au dos et très souvent avec la pluie.  On mangeait la soupe vers 5 h du matin et l'on vivait toute la journée avec du pain et du chocolat. Le 1er jour les boches nous ont envoyé quelques obus dont 2 ont éclaté près de nous et nous ont arrosés de terre mais il n'y a pas eu de blessés. Aujourd'hui nous avons repos peut être ce soir ira-t-on aux tranchées. 

 

18/5/15  Pionnier dans l’Artois

 

A 6h le bombardement commence, et pendant 4h ce fut un bruit épouvantable, toutes les pièces, en nombre considérable, crachaient à la fois. On sentait la terre trembler et l'on aurait dit le tonnerre. A 10h juste, la compagnie d’assaut sort de la tranchée, baïonnette au canon. Immédiatement après nous voilà sortis, et notre échelle, nos outils et le fusil à la main, nous courrons vers les tranchées boches. Quelques coups de fusils nous reçoivent, mais ne font pas trop de victimes, nous franchissons d’un bond la première ligne, et en avant vers la 2e où je m’arrête pour faire le travail qui nous était désigné. Pendant ce temps nos troupes avancent encore, elles s’emparent successivement de la route de Béthune à Arras, vont jusqu’à un chemin creux 500m plus haut, et arrivent même jusqu’à la crête qui domine la plaine ; mais là ils ne sont pas assez nombreux et doivent se replier sur le chemin creux, où ils font une tranchée qui est encore notre première ligne. Il était à peine 11h.

Pendant ce temps, avec mes camarades, je coupe les fils électriques en nombre considérable qui garnissaient la 2e ligne boche, copieusement minée. Puis nous avons visité la tranchée, 2 de mes camarades du génie, un type du 159 et moi, le fusil à la main. Nous visitons les cagnas**, car ces messieurs ont l’habitude, pour ne pas trop souffrir des bombardements, de creuser dans leurs tranchées des tanières à 3 ou 4m au dessous du sol, où ils se réfugient en cas de bombardement, ne laissant que quelques guetteurs dans la tranchée. Quelques uns de ces abris, ceux des officiers, sont très confortables, celui du colonel était tout tapissé avec des cartes postales. Nous avons donc fait la rafle dans une dizaine de ces abris et nous en avons extrait 40 à 50 boches dont plusieurs officiers. Nous les désarmions, et je vous assure que, mon fusil aidant, ils comprenaient fort bien le peu d’allemand que je sais. Ils nous donnaient tout, couteaux, armes, porte monnaie, cigares, etc... et levaient les bras en l’air en criant Kamarad. J’ai visité la cabane d’un officier supérieur où il avait téléphone, lit, et accrochée à un râtelier, j’ai vu une superbe pipe que j’ai fourrée dans ma poche ; malheureusement je l’ai perdue depuis. J’ai désarmé le propriétaire de la maison et ai gardé son revolver, d’ancien modèle avec cartouches à broche, mais je voudrais le conserver quand même car c’est moi qui l’ai pris. J’ai aussi un poignard, je tacherais de vous faire parvenir tout cela si je peux.

Pendant ces visites 2 de mes camarades ont été blessés, et j’ai essuyé un coup de revolver (celui que je possède) mais il m’a manqué.

4/1/16 Au Génie 08_8_Au_1er_plan_petit_poste_fran_ais__au_2e_petit_poste_allemand__Au_fond_la_cote_140__3_janvier_1916_

 

 

Hier nous étions au repos mais à 4 h nous avons été réveillés et sommes partis de suite pour le travail. Nous avons fait une tranchée à 40 mètres des Boches en plein jour, et tout le monde se pavanait sur le terrain, c'est à n'y pas croire. Nous sommes revenus le soir même et nous étions pleins de boue, car il y a pas mal de mélasse.

 

 

31/3/16   Verdun

 

Nous voilà enfin sortis de cet enfer où nous avons passé dix jours ; nous avons été relevés hier et avons quitté sans regret le fort de Vaux. Vous comprenez pourquoi je n’ai pas pu vous écrire bien longuement, nos nuits étant occupées à des travaux de contre mines car nos lignes passent sur les remparts du fort, et les journées employées à dormir ; le tout sous un bombardement terrible et incessant. Ce pauvre fort, pas mal endommagé, a reçu lors des premiers bombardements 200 obus de 420. J’ai admiré le culot de l’un d’eux, c’est un beau morceau. Le 2e peloton seul était au fort de Vaux, le 1er a été au tunnel de Tavannes où nous avons passé la 1ère nuit puis a élu domicile au fort de Tavannes, où nous l’avons rejoint hier soir pour rentrer aux casernes de Belleray à 2k de Verdun. Je suis encore tout fatigué de ce séjour au fort, la nourriture surtout laissait à désirer. Tous les soirs deux hommes par escouade allaient jusqu’au fort de Tavannes 4k, à découvert et sous les obus, chercher de la viande, du pain et du vin dont se composait invariablement nos repas, aussi vos colis ont ils été les bienvenus.

 

25/7/17     au 226e RI.    Chemin des Dames

 

Depuis un mois nous n'avons lâché les tranchées que deux ou trois jours, aussi sommes nous bien contents d'être enfin relevés. En venant en auto de Canly, nous avons passé une nuit à St Mard patelin à environ 20 k à l'est de Soissons, puis nous sommes montés quatre jours au village complètement détruit de Braye en Laonnois, où nous étions en réserve à 1 k des lignes, puis nous sommes allés en première ligne 10 jours, après quoi nous sommes revenus en réserve au bois Brouzé près de Moussé [Moussy-Verneuil], après 5 jours passés de nouveau en ligne nous sommes venus 3 jours à Braine où nous avons enfin pu nous changer, mais nous sommes remontés passer 4 jours en réserve et ce n'est que cette nuit que nous avons enfin été relevés définitivement. Ce mois a été très pénible, surtout par les marches. Quant au secteur il n'était pas précisément tranquille. Vous avez dû le voir sur le communiqué et l'avant dernière nuit nous avons été alertés 3 fois en deux heures car les boches attaquaient près de Braye.

Enfin ça s'est à peu près bien passé pour nous. Nous devons demain matin recommencer à parcourir la grande route. D'après les canards on aurait trois jours de marche pour aller embarquer pour la Haute-Saône, où l'on aurait quelques jours de repos, avant de prendre un secteur dans les Vosges ou en Lorraine. Nous voilà repartis à rouler notre bosse et quand ça commence ça ne finit pas vite. Je finirais par connaître le nord-est de la France.

 

6/4/18  Mery (Oise)

 

Nous voilà enfin dans un calme relatif et je vais vous dire en gros ce que nous avons fait ces jours-ci. Au camp de Chalons où nous avions été à pied, nous avons passé une nuit à peine, puis brusquement on nous a fait prendre les autos dans lesquelles nous sommes restés plus de 24 h c'est vous dire que nous étions éreintés. On nous a débarqués près d'un petit patelin à quelques kilomètres de Montdidier et là nous avons dormi 2 ou 3 heures. Au jour nous avons visité le pays évacué par les habitants et comme nous n'avions rien à manger, nous avons sauté sur les poules, lapins, patates etc.. Vers midi nous sommes repartis et pensions avoir des troupes devant nous, mais nous étions les seuls aussi nous sommes-nous trouvés nez à nez avec les boches, devant un petit village. Nous avons attaqué trois fois dans la journée pour le leur prendre mais en vain. Des autos mitrailleuses nous aidaient et c'était merveilleux de les voir se balader tranquillement sous les balles. Mon escouade a été, dans l'après-midi, envoyée pour s'emparer d'une petite baraque en bois et occuper un carrefour de route, nous l'avons fait mais sommes revenus 4 sur 7, car les boches nous ont salement sonnés. Pendant 2 jours ça a été ainsi la guerre de mouvement avec attaques et contre attaques, puis nous avons été relevés par un autre bataillon et sommes venus dans un petit patelin à 3 k en arrière. Nous dormions depuis deux heures, que les boches ont bombardé puis attaqué et sont arrivés jusqu'à ce village. Aussitôt alerte et contre attaque. Nous sommes restés tout le jour à plat ventre dans les prés sous les balles et avec la pluie, la nuit nous avons fait des trous. Le lendemain jour de Pâques nous sommes restés dans nos trous. En allant au village chercher nos outils, nous avons vu qu'il y avait pas mal de volailles, aussi comme on en était réduit à crever de faim, un cabot, Gambier et moi avons-nous demandé au capitaine de faire à manger, et avec sa permission nous nous sommes installés au village et pendant 4 jours avons nourri toute la Cie avec ce que nous avons trouvé, poules, lapins, 3 cochons, un mouton et des pigeons, avec patates, carottes et haricots, le tout arrosé de cidre, car il y en a des quantités dans les caves. Le 1er jour pendant que nous faisions la cuisine un obus est tombé sur la marmite, heureusement que par hasard personne n'était à coté à ce moment. 32_4_M_me_maison_1_h_apr_s

 

La maison 1 heure après

Posté par poilu14 à 15:49 - Commentaires [15] - Permalien [#]